(Saint-Pierre et Miss Night s'entretiennent en dinant. Une certaine connivence s'établit, comme si l'un d'eux avait enchanté l'autre...)

Rappelle-toi! Rappelle-toi!

Il y avait quoi? Qui?


Il y avait des oiseaux troubles. Le hibou.

Hein?

Ecoute-le. Ecoute-le. Il chante dans la forêt. Il chante. Il parle aux arbres. Ecoute-les. Ecoute-les. Ils écoutent. Ecoute. Ecoute-les. Ecoute les arbres. Aaah!

Il y avait des dessins fantastiques, illustrant mes désordres intimes. Les désordres de tous les gens, de toutes les bêtes. De la matière aussi, qui survivait dans ces maléfices du jour, portée à poings levés devant les infortunes des survivants de l'horreur, du carnage, de la langueur du quotidien.

Il y avait des traces de bonheur et d'ivresses conjuguées, dans les temps présents... Et de préférence à l'impératif.

Sois toi! Tu n'es que toi.

Trouble les porte-paroles habituels et commandés par le pouvoir, et l'habitude, et l'inquiétante déraison de qui se croit prisonnier, meurtri. Alors qu'il ne suffirait que d'un envol, d'une science inventée et immédiate, pour que tout chante, et tout s'enchante.

Mais où cela s'est-il passé, dis?..

Partout. Dans ta voix, dans ton coeur, dans tes larmes de joie, dans ton sourire, au bord du crépuscule, quand les couleurs ne sont plus les couleurs, mais un semblant de cohésion entre ma complaisance et ta solitude.

Alors...

Ces mots que tu régis, ces idées qui te font la plus belle et la plus secrète des femmes de la nuit. La nuit blanche, avec des cygnes dans la voix. Le noctambule qui s'en va dans les rigoles de l'inerte... le nyctalope qui surgit tout à coup... le soleil en mémoire... le couvre-feu pour qui a peur, pour qui va perdre, pour qui s'endort... La tombée de la nuit, ta tombée, comme une oraison du bien et du mal. Ensemble... de connivence... et dans le sang... ou dans le stupre... ou dans les larmes de musique.

Ou de ces rues vaillantes encore, et que désertent les clients de la bourgeoisie inquiétée, solitaire.

La polaire là-haut, qui s'enivre, et qui poursuit les mirages de rennes, de papillons aussi qui ne s'ouvrent qu'à toi, et sur la flamme que tu veux bien admettre. Les ténèbres, petite, quand la passion descend plus bas que le courage, quand s'immolent, debout, les désastres de ta pensée de vierge et de putain farouche à la fois... dans l'oasis, là-bas, fortuit...

Et ces chameaux en aqueduc...

Et tes sortilèges?

Je ne sais plus.

Que des bribes, que l'aube prend plaisir à me voler pour raconter, le jour, des histoires à dormir debout.

Qu'en as-tu fait, de tes sortilèges, dis?..

Ils n'étaient pas à moi, mais dans la tête de mes amoureux solennels et mystiques.

Mais tu les as donnés, même s'ils n'étaient pas à toi. A qui les as-tu donnés, dis ?..

A toi, quand tu dormais.

C'est pour ça que je tremble.

C'est pour ça que je t'aime.

C'est pour ça que, partout, même en enfer, il fera nuit, toujours, pour moi.